Je repasse juste histoire de dire que je suis super contente parce que monJibévient d'apprendre qu'il a eu le travail qu'il voulait, alors bon, je suis
un peu triste parce qu'il va partir vivre à Paris avec Mag et l'Ogre, mais je sais que ça leur retire une épine du pied, et puis ça me fera une raison de plus pour passer sur Paname le plus souvent possible ^^.
Une vue que j'adore. En passant, la plupart des photos sur ce blog viennent deFlickr, je
précise.
Je m'en suis revenue de la capitale, dans mes petites rues crades, avec ces têtes déjà vues, dans ma province (gnark!). Je m'en vais raconter ce week end à S.
On va s'installer en terrasse, au soleil, et elle fixera ses yeux verts sur moi avant de me dire "Raconte", parce qu'elle n'attend que ça, que je raconte avec force détails, photos et
citations.
Parce que je lui ai promis, la laissant toute dégoûtée sur le quai de la gare, "Je te raconterai, Darling".
Je siroterai ma bière, qui pendant un instant aura encore le goût du 21 juin 2008, le jour où j'ai pris un sacré coup de soleil, au corps et au coeur.
Et puis je parlerai d'éléphants, de kilts, d'un projet d'extermination massive de chihuahuas, d'une demi-portion au sourire 10 000 volts, de vodka bananoïde, de Bernardo, de bricolage aussi (une
sombre histoire de visseuse-dévisseuse, je crois ^^)...
Je lui raconterai les fous rires, le rosé, les deux frangins plus vrais que nature, Louise Bourgoin, la gare de Lyon, les Haribo, l'homme qui mesurait deux mètres...
Peut-être que je lui parlerai un peu de Prévert aussi.
Maintenant, j'aime Paris vraiment. T'as gagné Carine!
J'avais envie de vous parler un peu de mon frère. Jibé, le plus grand. Pas plus tard que tout à l'heure, il entre dans ma chambre pour se foutre de ma gueule, et du
bazar qu'il y a dedans, et d'un coup il arrête de rire, et me dit "Tu fumes dans ta chambre?"
Et de me dire qu'autant je peux déconner, me mettre des mines et tout ça, mais fumer c'est pas beau, que je vais en chier pour arrêter, que je sais même pas à quel point c'est dur. Et moi j'en mène
pas large. Je sais qu'il a morflé...
Alors oui, Jibé, c'est ma conscience, ma morale. Lui et Pierrot, mon autre grand frère, ce sont mes frères-poules. Je suis plus proche d'eux maintenant que je ne le suis de ma soeur Clairon. Que je
ne l'ai jamais été, d'ailleurs.
Et quand j'étais toute gamine, Jibé, c'était mon héros. Le plus grand, le plus beau. Fort de ses 17 ans de plus que moi, il m'a toujours couvé, quand Pierrot me pourrissait la vie, il y a bien
longtemps.
Là, on dirait pas en le voyant, dégarni, chemise bien sage et lunettes rondes, mais c'est un vrai gamin de 35 ans. Un peu geek sur les bords, aussi.
J'étais pas grande quand il est parti en Nouvelle Calédonie avec l'armée. Je sais pas quel âge j'avais, je me rappelle pas bien. Je sais qu'à cette époque, comme le dit ma mère, elle lui aurait
collé un coup de pied au cul si ça avait pu le faire partir plus vite. Et ça a été joyeux, ses coups de fil "Allo Maman bobo" en PCV. La fameuse histoire du cocotier du haut duquel il a sauté pour
ne pas se faire piquer par des fourmis électriques (c'est comme ça qu'on les appelle, et oui, il a grimpé dans un cocotier pour faire la cueillette), la fois où il s'est coincé la main dans une
porte étanche de sous-marin, ou quand il s'est fait attaquer par un émeu, ses mésaventures avec des kangourous jaloux... Son accident de moto. Il avait un salaire de ministre et il est rentré
endetté, ce qui a mis mes parents dans une colère noire.
Moi, je ne lui parlais pas au téléphone, mais je gardais ce petit truc qu'il m'avait donné avant de partir. Il était rentré dans ma chambre, et de ça, je m'en souviens comme si c'était hier.
Il m'a donné un porte-clé avec un petit marin portant le béret, et l'uniforme ridicule qu'il allait avoir là-bas. Et il m'a dit qu'il serait bientôt de retour. Je l'ai perdu depuis, mais j'ai
d'autres choses.
Des récits que je trouvais héroiques, comme quand il est devenu ami avec un prince canaque, ou quand il a mangé des vers en pleine forêt. Et des noms, des voyages... Lifou, Bangkok, Nouméa.
Nouméa... Je le répétais sans arrêt en décomposant le nom Nou-mé-a, et il sonnait... Sucré, ensoleillé. Noël sur une plage... Nouméa... Après son retour, même en sachant Jibé dans la chambre au
bout du couloir, je rêvais, de ses aventures dont on ne saura sûrement que la moitié. Parce que tout n'est pas drôle. Un jour, il m'a parlé des noyés qu'ils repêchaient parfois.
Quand on est allés le chercher à la gare, c'était comme un rêve. J'ai vu un cowboy arriver en haut des escaliers, santiags aux pieds, mal rasé, des cheveux dans tous les sens (il avait encore des
cheveux à cette époque), un énorme sac de marin, et un oeil au beurre noir. Mon grand frère rentrait de l'autre bout du monde. Celui qui voulait, tour à tour être pêcheur sur une île déserte ou
orpailleur en Guyane. L'aventurier.
Et il en avait, des choses pour nous. Une démonstration de didjeridoo, une de ukulélé... Des cadeaux pour toute la famille. Un sac pour ma soeur, une mygale et des scorpions encadrés pour Pierrot,
un jeux d'échecs fait à la main pour mon père, une perle noire pour ma mère, et d'autres encore.
Et pour moi, un t-shirt Nouméa, un kangourou en peluche, un joli flacon de Thaïlande, et du sable blanc de l'île de Lifou, des coraux qu'il avait ramassés quand il faisait de la plongée.
Bon maintenant, il est informaticien dans notre chère petite ville, et travaille à mi temps dans un centre social.
Mais c'est quand même du rêve qu'il m'a ramené de l'autre côté de la planète, là où les gens marchent la tête en bas.
C'est mon grand frère.
Edit: En relisant ça, je me dis que ça me travaille sacrément. Faut que j'aille voir Indiana Jones, y'a pas moyen...
J'aime l'odeur du lilas. Mes taches de rousseur de retour. Ce groseiller ne fait pas de fruits mais embaume tout le jardin. Melle C est rentrée. J'ai rêvé que je
caressais un (gentil) chien. Un brin de lilas dans ma chambre. Le soleil enfin revenu. Des caramels dans le bocal de la cuisine. Mon personnage préféré c'est Marvin. S sort avec Seb. Les yeux de
mon Ogresse préférée, tellement bleus qu'on s'y noit. Struggle for Pleasure en boucle. Je fume à la fenêtre. Mon réveil ne sert à rien. "J'veux du soleil". Ils aiment l'amour. Les rumeurs
amusantes. Quand est-ce qu'on devient beau? Des gens (Ou pas) qui me manquent. "Vous aimez les lilas? J'en plante parfois mais ils meurent toujours." Un garçon qui aime Melle C. Deviner la forme
des nuages. J'imagine les choses plus fantastiques. Écrire sans aucun sens. Un T-Shirt vert ou deux. Et puis tout ira bien.